What the F**K is the indian concept of JUGAAD ? # Innovation

Posted on 1 avril 2010

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Le concept de « Jugaad » (prononcé « joo-gaardh ») est une méthode de management de l’innovation qui nous vient d’Inde. Depuis quelques années, de nombreuses entreprises, tel que Cisco System, Rothschild ou encore Goldman Sachs se sont intéressés à cette méthode. Normal, puisque 81 % des businessmen indiens avouent que le « Jugaad » est la clé de leur succès. Celle-ci se base fortement sur le potentiel d’imagination et de créativité des personnes pour résoudre des problèmes. L’idée est de satisfaire rapidement et à moindre coût les besoins immédiats du consommateur, en utilisant si possible seulement les ressources disponibles sur le mom
ent, et sans construire la réponse au problème par rapport au « Lifestyle » de la personne.

De prime abord, cela sonne comme un concept très précis et cadré mais dans la réalité, on pourrait considérer cela un peu comme le « Plan B », le « Système D » dans la recherche de solution. En anglais, l’expression Jugaad est alors parfois traduite par « Get it done ». En utilisant la méthode « Jugaad », l’objectif n’est donc pas de créer un produit « parfait », pensé pour être une innovation majeure, mais bel et bien de répondre immédiatement au besoin du consommateur. Dans le concret, ce « concept » est une manière d’être ingénieux, débrouillard, et de vouloir résoudre des problèmes en faisant les choses vite fait, bien fait…enfin souvent plus vite fait que bien fait.

Le terme de Jugaad fut utilisé en premier pour désigner une sorte de camion-tracteur, fabriqué entièrement de pièces détachées, totalement inconfortable et non conforme à la règlementation, mais qui servit à relier les paysans (jusqu’à 25-30 personnes sur un tracteur…voir la photo titre) de villages en villages dans les campagnes indiennes. L’ingéniosité pour créer ce moyen de transport est donc pour les indiens représentative du concept de Jugaad, et des innovations qui proviennent de ceux qui en ont besoin (cela s’apparente donc assez fortement avec le concept de Lead User).

Ainsi, le terme « Jugaad » semble pouvoir désigner plusieurs choses en Inde. Derrière se trouve toujours les idées de débrouillardise, d’imagination et de créativité mais selon certaines personnes, ce concept n’est peut-être pas si positif qu’il n’en a l’air. Par exemple, lorsque l’on parle de « Jugaad » avec les voitures indiennes, on peut entendre deux choses : le rafistolage de bagnoles avec du scotch et du carton pour faire que celles-ci tiennent encore plus longtemps que prévu, mais on peut y voir aussi la voiture « NANO » de la marque « TATA », la voiture la moins chère du monde. Évidemment, le fait que la voiture soir très peu onéreuse pour les indiens est un excellent point, mais dans le cas du rafistolage comme pour la NANO, il semble que les aspects sécuritaires et durables soit très peu prises en compte (plusieurs incendies spontanées se seraient déjà produits, les infos ici). Le concept de Jugaad est alors fortement lié à l’une des forces de l’économie indienne, le « frugal engineering ».
Pour en savoir plus sur le frugal engineering, je vous conseille de lire cet article.

Mais un débat existe autour de ce nouvel engouement pour cette méthode. En effet, peut-on considérer le concept de Jugaad comme une réelle méthode d’innovation ? ou autrement dit, doit-on percevoir le « Jugaad » comme une réelle stratégie d’innovation ?

Je pense qu’une stratégie d’innovation doit toujours, et encore plus aujourd’hui avoir une vision long terme dans le développement de nouveaux produits et services. Dans les pays en plein essor ou en voie de développement, les entreprises doivent souvent répondre urgemment aux besoins de la population. Le Jugaad peut-être alors une bonne transition vers un développement de produit orienté long-terme. Toutefois, certains secteurs d’activité à haut degré technologique ou encore où la sécurité des personnes est mise en jeu (d’où le mauvais cas TATA NANO) ne doivent pas percevoir le Jugaad comme une méthode adaptée de développement de produit. Mieux vaut rester un peu plus longtemps dans les labos quitte à reculer le Time-to-Market plutôt que de lancer une version Beta semi-fini, acceptable mais potentiellement risquée pour l’utilisateur.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Pour en savoir plus :
The Innovation Leader
Business Week
Harvard Business Review
Innexperience
EconomicTimes